La Conférence régionale de la santé et de l’autonomie (CRSA) de Normandie publie un plaidoyer consacré à l’accès des personnes en situation de handicap aux services d’urgence. Issu des travaux d’un groupe de travail associant représentants des usagers, acteurs du secteur médico-social et professionnels de santé, ce document appelle à renforcer les garanties d’accès aux soins pour des publics qui rencontrent encore aujourd’hui des obstacles spécifiques dans leurs parcours de santé.
Des difficultés persistantes dans l’accès aux soins
Les travaux conduits par l’ORS-CREAI Normandie montrent que les personnes en situation de handicap présentent souvent des besoins de santé plus importants que le reste de la population, tout en accédant moins fréquemment à certains soins essentiels. Les écarts observés concernent notamment le recours à certaines spécialités médicales, les actions de prévention notamment les dépistages.
Ces difficultés se retrouvent également dans les résultats du baromètre Handifaction, qui met en évidence des situations de refus de soins, de renoncement aux soins ou encore d’abandon de démarches de soins face aux obstacles rencontrés. Les personnes interrogées évoquent régulièrement des difficultés de communication, des problèmes d’accessibilité, un manque de prise en compte de leurs besoins spécifiques ou encore l’absence d’accompagnements adaptés.
Les urgences, un lieu où les fragilités se concentrent
Lorsque les parcours de soins se compliquent ou lorsque l’état de santé se dégrade brutalement, les services d’urgence deviennent souvent la porte d’entrée du système de santé. Or, les situations de handicap peuvent rendre particulièrement difficile l’accès à ces services lorsque les organisations ne sont pas suffisamment adaptées.
Les échanges menés au sein du groupe de travail de la CRSA ont notamment mis en évidence des difficultés liées à l’attente, à l’évaluation de la douleur, à la communication avec les équipes soignantes, à la compréhension des informations médicales ou encore à l’absence d’accompagnants.
Pour la CRSA, l’urgence ne doit pas constituer un facteur supplémentaire d’inégalité. La conférence réaffirme ici la nécessité de garantir à chacun une prise en charge respectueuse de ses besoins, de sa dignité et de ses droits.
Une approche globale de l’accessibilité
Le plaidoyer rappelle que l’accessibilité ne se limite pas à l’adaptation des locaux ou à la prise en compte du handicap moteur. Elle concerne l’ensemble du parcours de soins : l’orientation, la communication, la compréhension des informations, l’organisation de l’attente, l’évaluation de la douleur, l’accès à un accompagnement adapté et la coopération avec l’entourage ou les professionnels du médico-social.
Cette approche est d’autant plus importante pour les personnes présentant des troubles cognitifs, psychiques, du neurodéveloppement, des troubles de la communication ou des handicaps invisibles, pour lesquelles les difficultés rencontrées sont parfois moins perceptibles mais tout aussi réelles.
Six orientations pour améliorer l’accès aux urgences
À travers ce plaidoyer, la CRSA Normandie formule plusieurs propositions concrètes :
- garantir la présence d’un accompagnant lorsque celle-ci est nécessaire à la compréhension, à la sécurité ou à la qualité du soin ;
- déployer dans tous les établissements des protocoles spécifiques « urgences et handicap » ;
- généraliser des outils de liaison simples permettant de mieux connaître les besoins de la personne ;
- renforcer la formation des professionnels de l’urgence aux différentes situations de handicap ;
- rendre plus visibles et plus facilement mobilisables les référents handicap ;
- développer un suivi régional des situations de refus de soins, de rupture de parcours et de non-accès aux soins.
Faire vivre concrètement la démocratie en santé
À travers cette démarche, la CRSA Normandie souhaite rappeler que l’égalité d’accès aux soins constitue un droit fondamental. Les difficultés rencontrées par les personnes en situation de handicap ne relèvent pas seulement de situations individuelles mais interrogent l’organisation globale du système de santé.
Le plaidoyer défend ainsi une ambition simple : faire en sorte que l’accès aux urgences soit effectivement garanti à tous, quelles que soient les situations de handicap, grâce à une meilleure adaptation des organisations, à une coopération renforcée entre les secteurs sanitaire et médico-social et à une prise en compte plus systématique des besoins des usagers.
Le plaidoyer « Garantir un accès effectif aux urgences pour les personnes en situation de handicap » est disponible en téléchargement ci-dessous.

